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Les organisations internationales telles que l’UNESCO, l’ICOMOS, l’ICCROM et l’UICN ont dĂ©veloppĂ© des normes et recommandations pour la gestion du patrimoine religieux et sacrĂ©. Leurs dispositifs s’appuient sur des principes tels que la protection de l’esprit du lieu (DĂ©claration de QuĂ©bec, 2008), l’authenticitĂ© des pratiques et des espaces sacrĂ©s (Document de Nara, 1994), et l’intĂ©gration des communautĂ©s religieuses dans les processus de sauvegarde. L’appareil normatif des Ă©chelles Ă©tatiques s’engage sur les mĂªmes notions et prĂ©occupations. Toutefois, ces approches suscitent des dĂ©bats quant aux limites et aux effets de la patrimonialisation sur les dynamiques cultuelles et sociales des communautĂ©s et des groupes concernĂ©s. En effet, l’on est face Ă un processus complexe qui implique Ă la fois la sauvegarde des traditions, la rĂ©interprĂ©tation des pratiques cultuelles, la participation des communautĂ©s ainsi que des dynamiques de gouvernance et d’appropriation. Ce phĂ©nomène s’inscrit dans un cadre plus large oĂ¹ se croisent politiques culturelles, identitĂ©s religieuses et dĂ©cisions administratives, dans une tentative d’équilibrer protection du religieux et mise en valeur culturelle.
Les trois interventions de ce séminaire se proposent d’explorer différentes problématiques liées tant aux objets, aux représentations symboliques et aux groupes socioreligieux qu’au contexte dans lesquels ils s’insèrent.
1. Cyril Isnart : « La synagogue de Tomar. Culture matérielle, religion minoritaire et patrimonialisation au Portugal »
Cette communication, basĂ©e sur des publications rĂ©centes, se propose d'explorer le cas de la synagogue de Tomar (Portugal) afin d'explorer les dynamiques culturelles que la patrimonialisation entraĂ®ne dans le champ des pratiques et des mĂ©moires religieuses minoritaires. En suivant pendant un siècle le parcours des objets qui ont constituĂ© les collections de la synagogue-musĂ©e de Tomar, on essaie de mieux comprendre comment un passĂ© religieux, dont les traces ont Ă©tĂ© systĂ©matiquement effacĂ©es, a pu Ăªtre mis en exposition dans le cadre d’un musĂ©e national en soulignant la pluralitĂ© des rĂ©gimes d’exposition et de la nature des collections elles-mĂªmes. Cette communication permet Ă©galement de poser un regard sur la complĂ©mentaritĂ© entre la matĂ©rialitĂ© d’un monument religieux et celle des collections d’objets de dĂ©votion, dont on active la nature religieuse de façon contrastĂ©e, entre le tĂ©moignage historique de la prĂ©sence juive au Portugal (Ă©rudition), l’effacement de la prĂ©sence d’une altĂ©ritĂ© religieuse historique (oubli) et la construction d’une matĂ©rialitĂ© dĂ©votionnelle affective (affection). Enfin, ce travail se donne aussi comme une mise Ă l'Ă©preuve du concept de religious heritage complex, que nous avons proposĂ© avec Nathalie Cerezales pour penser ces relations complexes entre fait religieux et fait patrimonial.
2. Antonio Guerreiro : « Tendances actuelles des processus de patrimonialisation en Asie du Sud-Est à travers les cas religieux »
Au cours de cet exposé je présenterai des exemples des processus de patrimonialisation en Asie du Sud-Est insulaire, circa des années 2000 à 2020, sous forme de synthèse : ils posent des problématiques riches de sens (patrimoine matériel/immatériel) en rapport aux faits religieux et aux objets cérémoniels. Ces objets, vecteurs du sacré, soulèvent des perspectives muséologiques et éthiques, liées à la transmission des cultures.
Le stÅ«pa de Borobudur Ă Java central, l’un des monuments les plus impressionnants d’Asie du Sud-Est indianisĂ©e. ConsidĂ©rĂ© comme patrimoine spirituel, ce mandala de pierre a donnĂ© lieu Ă des controverses architecturales ainsi qu’à un dĂ©bat Ă propos des conditions de conservation du site, notamment en raison de l’augmentation des flux touristiques. Le monument a Ă©tĂ© restaurĂ© sous les auspices de l’Unesco de 1973 Ă 1983. La valeur religieuse du Borobudur s’est affirmĂ©e en IndonĂ©sie et en Asie, le monument a pris une nouvelle dimension, soulignĂ©e par son inscription au patrimoine mondial en 1991.
Je présenterai plus brièvement un cas particulier qui soulève le statut des restes humains, aussi bien en rapport aux pratiques autochtones qu’au marché de l’art et à la muséographie (Dayak Trophy Skulls as Heritage & Art).
3. Fiorella Allio : « La religion vivante à l’épreuve de la patrimonialisation : le cas de Taiwan »
L’expĂ©rience religieuse s’inscrit dans un monde de pratiques et de croyances (ou actes de croire) qui se dĂ©ploient au sein d’un environnement matĂ©riel et/ou intangible, spatialisĂ© et temporalisĂ©. Cette prĂ©sentation se penchera sur l’expĂ©rience religieuse vivante, dans les domaines de la religion populaire et du taoĂ¯sme Ă Taiwan. Elle a d’abord pour ambition de mettre en relief la place qu’occupe le patrimoine religieux sur les listes officielles des biens patrimoniaux, tant au niveau local que national, et mĂªme international, en lien direct avec la question de l’identitĂ© nationale, brĂ»lante d’actualitĂ©, et des politiques culturelles très contrastĂ©es qui se sont succĂ©dĂ©es depuis cent ans.
Dans un deuxième temps, l’exposĂ© montrera l’impact de la patrimonialisation sur la scène religieuse, les avantages et les inconvĂ©nients ressentis, mais tĂ©moignera surtout des points d’achoppement et des divergences de vues et de valeurs entre l’administration et les communautĂ©s de culte sur la manière et les raisons de perpĂ©tuer et de sauvegarder le « patrimoine » / la « tradition ». En tirant ses exemples de l’apprĂ©hension et du traitement du bĂ¢ti tempulaire, des objets votifs ainsi que des fĂªtes et des phĂ©nomènes rituels performatifs, la rĂ©flexion s’attachera Ă souligner le pouvoir d’attraction du discours patrimonial et les ressorts des institutions dĂ©diĂ©es, alors que dans les faits la question pressante de la transmission et celle implicite du pouvoir et de l’autonomie soulèvent toujours plus d’interrogations sur l’utilitĂ© du processus.