Benjamin Taunay
PU
Aix-Marseille Université
Français, Anglais, Chinois

– 2023-2025 : Directeur du CEFC (Umifre n°18 – Hong Kong)
– 2018-2022 : Attaché de coopération universitaire (Koweït)
– 2013-2018 : MCF en géographie (Université d’Angers)

Formé à la géographie, j’ai commencé mes recherches sur le terrain : un village de la mangrove en Casamance (Sénégal, 2003), puis l’archipel de Kangean, en Indonésie (2004), avant d’arriver en Chine pour la première fois en avril 2005 et d’y consacrer l’essentiel de mes travaux, avec une thèse de doctorat conduite dans le Guangxi et le Guizhou. Mes recherches sur le tourisme intérieur chinois (国内 guonei) m’ont progressivement conduit à élargir mon attention aux mobilités, aux usages des espaces, aux normes et aux formes de gouvernance, en multipliant les terrains – sur les littoraux du Zhejiang, de Hainan et du Shandong, à Shanghai, et, hors de la République populaire, à Taïwan depuis 2016. Cette évolution, approfondie dans mon habilitation à diriger des recherches soutenue en 2022 au Centre d’histoire des sociétés, des sciences et des conflits, m’amène aujourd’hui à développer une lecture de la Chine contemporaine par les manières d’y habiter.

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Enseignement :

Licence

- Espaces chinois / Licence 1, semestre 1 (24h CM)

- Habiter la Chine contemporaine / Licence 2, semestre 1 (24h CM)

- Projet professionnel et orientation (PPO) / Licence 3 (5h TD)

- Histoire de la Chine moderne et contemporaine (1830-2017) / Licence 3 (2*24h CM)

 

Master

- La Chine, société mobile - Séminaire de Master 1 (20h CM + 4h TD)

- Épistémologie de la recherche appliquée aux mondes modernes et contemporains - Séminaire de Master 2 (8h CM)

Spécialité de Recherche :

Études chinoises, Habiter, Chine mobile, Chine-Monde in-situ

Projets de Recherche :

Position et projet scientifique : Lire la Chine contemporaine par les manières d'y habiter

I. Habiter la Chine contemporaine

II. Comprendre la Chine mobile : usages, normes et gouvernance

III. Interroger la Chine-Monde in situ (CMIS)

IV. Enseignement, recherche et encadrement

Position et projet scientifique : Lire la Chine contemporaine par les manières d’y habiter

Je suis professeur en études chinoises à Aix-Marseille Université et membre de l’Institut de recherches asiatiques (IrAsia). Formé à la géographie, j’ai commencé mes recherches par des travaux ethnographiques en Afrique (Sénégal) et en Indonésie avant de me rendre en Chine pour la première fois en avril 2005 et d’y consacrer l’essentiel de mes recherches – soit vingt ans de terrains conduits d’abord dans le Guangxi et le Guizhou, puis étendus aux littoraux du Zhejiang, de Hainan et du Shandong, à Shanghai et, hors de la République populaire, à Taïwan depuis 2016.

Cette trajectoire ne correspond pas à un changement radical d’objet ou de discipline : mon parcours de géographe s’est prolongé, avec mon habilitation à diriger des recherches (2022), par une inscription en études chinoises (section 15 du CNU) – une évolution qui accompagne un mouvement engagé de longue date : développer, au sein des études chinoises, une lecture de la Chine contemporaine fondée sur les manières d’habiter. La maîtrise du chinois en constitue une dimension essentielle : elle me permet de travailler directement à partir de sources écrites – archives municipales (市/县志办 shi/xian zhiban), données des bureaux de la culture et du tourisme (文化旅游部 wenhua lüyou bu), guides touristiques, par exemple – et de conduire mes entretiens de terrain en chinois.

I. Habiter la Chine contemporaine

Mon premier article sur la Chine, en 2006, portait sur le mot chinois pour tourisme, 观光 (guanguang), qui signifie littéralement « contempler l’éclat » ; un rayonnement qui désignait, dans le Yijing, le bon gouvernement. C’est par le tourisme intérieur que je suis arrivé à la Chine : ma thèse de doctorat (2004-2009), conduite dans le Guangxi puis le Guizhou, s’est construite à partir des « semaines d’or » (黄金周 huangjin zhou), ces congés nationaux instaurés en 1999, et de la foule 热闹 (renao, « chaude et bruyante ») qu’ils faisaient affluer vers des sites décrits « les plus beaux », tel Guilin (桂林山水甲天下 guilin shanshui jia tian xia).

Ces premiers travaux portaient déjà les interrogations qui structurent mes recherches actuelles : le tourisme engage des habitants, des lieux – souvent organisés en 景区 (jingqu), ces « zones panoramiques » fermées et payantes -, des mobilités et des politiques publiques qui encadrent jusqu’au temps libre (自由活动 ziyou huodong). À partir de 2017, en coordonnant le numéro spécial La Chine au prisme du tourisme (ESO Travaux et Documents, n°42), j’ai déplacé mon regard : le tourisme m’intéressait moins comme objet autonome que comme prisme pour observer les transformations de la Chine contemporaine.

Le tourisme constitue ainsi moins un objet auquel je me limiterais qu’une porte d’entrée vers une interrogation plus large sur les manières d’habiter, qui constitue aujourd’hui le prisme à travers lequel j’interroge la Chine contemporaine – non un nouvel objet venant le remplacer, mais son prolongement. Cette manière d’aborder l’habiter (居住 juzhu) s’est construite progressivement, par une démarche empirique et inductive, nourrie d’une fréquentation de terrains chinois : ce qu’Olivier Lazzarotti (2006) propose de penser comme une « condition géographique », la relation fondamentale – non simplement résidentielle – que tout individu entretient avec l’espace. Habiter ne se réduit donc ni à résider ni à occuper durablement un lieu : les habitants peuvent être mobiles, temporaires, plurilocalisés.

Une telle perspective conduit à ne pas opposer mobilité et immobilité. En Chine, cette tension s’inscrit dans un cadre institutionnel précis : le système du 户口 (hukou), qui attache juridiquement chaque individu à un lieu d’enregistrement, façonne qui peut « habiter » où – qu’il s’agisse de la 流动人口 (liudong renkou, cette « population flottante ») ou des démarches d’installation (落户 luohu). Le déplacement n’est donc pas seulement un mouvement entre deux points : il transforme les rapports aux lieux, les usages de l’espace et les relations entre habitants (关系 guanxi). Je suis ainsi les circulations, mais depuis les lieux où elles se déposent.

II. Comprendre la Chine mobile : usages, normes et gouvernance

Cette Chine mobile se lit d’abord dans ses flux : les 春运 (chunyun), retour massif vers le foyer natal (老家 laojia) au Nouvel An chinois, en sont la forme la plus spectaculaire, les « semaines d’or » une forme qui évolue (réformes en 2007 et 2017). Mais la mobilité engage aussi des usages, pris dans des normes qui distinguent légitime et déviant. À Hainan, promue par l’État comme « Hawaii chinois » (中国夏威夷 Zhongguo Xiaweiyi), l’affluence hivernale des 候鸟老人 (hou niao laoren, ces « retraités oiseaux migrateurs » venus du Nord et du Nord-est) continue d’y transformer l’espace littoral, tandis que le bronzage volontaire et le facekini (脸基尼 lian jini, un masque qui couvre le visage du soleil) répondent à une même norme de blancheur de peau. Ces écarts aux comportements dominants (行为 xingwei) sont pour moi révélateurs des systèmes de valeurs qui organisent les espaces.

De cette attention aux normes découle une seconde dimension de la Chine mobile : celle de la gouvernance (治理 zhili). Les usages des espaces sont aussi encadrés par des politiques publiques – de l’ancien système du 单位 (danwei), l’unité de travail et de logement de l’ère socialiste, à ses successeurs contemporains, les 社区 (shequ) -, par des dispositifs administratifs qui définissent les transformations légitimes. Sur l’île de Taohua (Zhejiang), j’ai ainsi observé comment une autorité locale avait repris en main un développement touristique d’abord porté par les yujiale (渔家乐, auberges rurales) villageoises. Cette lecture politique du tourisme trouve une confirmation au-delà du champ touristique : à Daxuecheng, un ancien 城中村 (chengzhongcun, « village dans la ville ») transformé par une implantation universitaire en périphérie de Canton, un programme de « modernisation » désignait les opérations de démolition et de relogement de cette partie de la ville par l’expression « habiller et coiffer » (穿衣戴帽 chuanyi daimao). Les manières d’habiter sont ainsi encadrées, négociées et continuellement ajustées par les institutions comme par les habitants.

III. Interroger la Chine-Monde in situ (CMIS)

Ces questionnements sur les conditions politiques et institutionnelles de l’habiter trouvent aujourd’hui un prolongement dans le projet Chine-Monde in situ : les circulations chinoises hors de Chine, et les formes de gouvernance qui les accompagnent. La Chine est devenue mon principal terrain, mais j’ai gardé ouverte une réflexion sur les relations qui la relient à d’autres espaces, produits et transformés par les circulations qui les traversent.

Chine-Monde in situ (CMIS) bénéficie directement de mes travaux antérieurs sur les mobilités, les usages et la gouvernance des espaces chinois. Le projet constitue moins un nouvel objet qu’un retour : celui d’un chercheur formé, avant la Chine, par des terrains sénégalais et indonésien, et qui revient aujourd’hui vers le Monde depuis les lieux chinois qu’il a longuement fréquentés. CMIS vise à comprendre la mondialisation chinoise depuis les lieux où elle se construit et se négocie. Le réseau que j’ai constitué autour de ce projet réunit aujourd’hui dix chercheurs seniors répartis dans cinq pays du « Sud global » (Argentine, Brésil, Côte d’Ivoire, Malaisie, Chine), et a fait l’objet, en mars 2026, d’un dépôt conjoint de financement auprès de l’Agence nationale de la recherche et du Research Grant Council de Hong Kong.

Il ne s’agit donc pas de passer de la Chine au Monde comme on changerait d’échelle, mais de suivre les relations entre plusieurs lieux et de comprendre comment les circulations transforment chacun d’eux – extractivisme ou nouvelles formes de gouvernance technologique.

Enseignement, recherche et encadrement

Mon objectif n’est plus seulement de développer mes propres terrains, mais de construire des cadres dans lesquels d’autres chercheurs peuvent développer leurs propres questions. Je défends dès lors le principe de l’enseignement par la recherche : transmettre des connaissances produites par la recherche, mais aussi initier les étudiants aux démarches qui permettent d’en produire de nouvelles.

Mes enseignements suivent cette même progression. En première année de licence, Espaces chinois aborde les grandes configurations spatiales de la Chine dans leur profondeur historique. En deuxième année, Habiter la Chine contemporaineaborde ces espaces par les habitants, les usages, les mobilités et les formes de cohabitation. En troisième année, l’histoire moderne et contemporaine de la Chine replace ces transformations dans la durée. En master, le séminaire La Chine, société mobile ouvre sur l’analyse des usages, des mobilités et de la gouvernance.

Ces enseignements ne constituent donc pas des activités séparées de la recherche : ils participent d’une même démarche, qui consiste à partir de situations concrètes, construire des questions, confronter les catégories de lecture aux terrains, et transmettre les outils qui permettent à d’autres de poursuivre ce travail.

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Ouvrages :

BenjaminPlage
BenjaminBookX
BenjaminTourism
Couverture-TAUNAY-2

Revues de publication :

La Chine au prisme de ses situations touristiques
2026
Le tourisme intérieur chinois : approche géographique à partir de provinces du sud-ouest de la Chine (compte rendu de thèse)
Mondes du tourisme, 2010, 1, pp.93 - 96
2010

Direction de Thèse :

Direction en cours 

– Lei HUA, Les transformations contemporaines d’un ancien lieu d’émigration (Qingtian, province du Zhejiang) : nouveaux narratifs, mise en valeur d’un espace transnational, recompositions spatiales et stratégies habitantes, depuis le 01/09/2026

– Xiaonan QIAN, Habiter en touriste dans la mégalopole de Shanghai : l’exemple du district de Nanxun (province du Zhejiang), depuis le 01/01/2024

– Yuwei YUN, Production de l’espace et gouvernance rurale. Le cas de la municipalité de Huangshan (province de l’Anhui), depuis le 01/12/2022 (soutenance prévue le 15/12/2026)

 

Thèses codirigées et soutenues

– Liang LIANG, Les usages du temps en Chine : l’aménagement urbain et la construction mémorielle au Guangdong, Université d’Amiens (codirection avec Olivier Lazzarotti), Soutenue le 07/06/2023

– Maxime DEJEAN, Transition chinoise et mise en place du système touristique : une lecture à partir du marché des voyagistes de Wuhan, Université d’Angers (codirection avec Philippe Violier), Soutenue le 17/12/2021

– Marine L’HOSTIS, La diffusion du tourisme chinois en France : influence des représentations et du capital spatial, Université d’Angers (codirection avec Philippe Violier), Soutenue le 10/12/2020

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Media Photo :

Divers :

https://www.cefc.com.hk/fr/staff/benjamin-taunay/

https://associationastres.wordpress.com/episode-12-benjamin-taunay/